Protéger la démocratie des attaques hybrides
L’Allemagne ne lâche pas des yeux des dangers de la manipulation d’informations, des cyberattaques et des actes de sabotage. Les attaques viennent surtout de l’étranger.

La diffusion systématique de manipulations d’information, principalement en provenance de l’étranger, est un danger croissant pour les sociétés démocratiques – aussi et surtout avant des événements comme les élections au Bundestag le 23 février en Allemagne. Viennent s’ajouter à cela des cyberattaques et sabotages ciblés : les autorités de sécurité alertent contre les menaces hybrides et prennent des mesures complètes pour protéger la démocratie.
La division sociale comme objectif
L’objectif des manipulations est d’ébranler la confiance dans les institutions démocratiques, de renforcer les controverses sociales et d’influencer les opinions politiques. Les sujets controversés comme la migration, la guerre en Ukraine, la politique énergétique ou encore la pandémie de Covid-19 sont utilisés de manière ciblée pour attiser l’insécurité et renforcer les conflits au sein de la société.
Ce que l’on appelle la campagne des « sosies » est une méthode particulièrement perfide : les sites d'information créés pour ce faire ressemblent fortement à des médias allemands renommés tels que « Der Spiegel » ou « Welt ». Les sites sosies répandent des fake news pour ébranler la confiance dans les médias établis et discréditer les acteurs politiques. Cet effet est renforcé par de faux comptes utilisateurs sur les réseaux sociaux. Début 2024, le ministère des Affaires étrangères avait fermé environ 50 000 faux comptes sur X qui ont publié plus d’un million de posts en allemand.
Des portails d’information falsifiés
« Nous avons déjà identifié plus d’une centaine de ces pseudo-sites d’information qui ont probablement été créés pour servir de 'dormeurs' », a déclaré Ralf Beste, directeur du département Culture et société du ministère des Affaires étrangères, responsable de l’analyse de ces sites, dans une interview accordée à ARD. Les sites seraient activés à un moment stratégique, par exemple avant les élections au Bundestag, afin de placer des messages de désinformation ciblés.
L’un des nombreux exemples du passé est la fausse information selon laquelle l’Allemagne prévoyait de loger obligatoirement les réfugiés ukrainiens chez des particuliers. Cette fausse affirmation a été diffusée via les réseaux sociaux et les sites web. Selon Ralf Beste, une autre méthode de manipulation est l’« Overload ». Ici, les autorités et organisations qui s’occupent des manipulations d’informations sont noyées sous les questions et demandes de vérification. « Ce sont des attaques de surcharge qui ont pour but de surmener les personnes bien intentionnées en charge de contrôler les faits pour qu’elles ne puissent plus travailler », explique Beste.
Des tentatives de manipulation avant les élections
La désinformation est à son apogée avant les élections. Le chef de l’Office de protection de la Constitution de Hambourg, Torsten Voss, a mis en garde contre les informations manipulées et les techniques telles que les deepfakes, c’est-à-dire des vidéos et des enregistrements audio falsifiés mais trompeurs, en vue des élections municipales qui auront lieu dans la ville-État le 2 mars : « De telles falsifications pourraient être utilisées de manière ciblée pour discréditer des candidats et ébranler la confiance des électeurs ». De telles méthodes pourraient sérieusement menacer l’intégrité des élections démocratiques, selon Voss.
Le service fédéral des renseignements, l’Office fédéral de protection de la Constitution et le Service de contre-espionnage militaire confirment cette menace – en particulier en provenance de l’étranger. Les autorités de sécurité mettent en outre en garde contre les cyberattaques, la propagande pertinente sur Internet, les actes de sabotage et les tentatives d’espionnage ciblées. Selon l’Office fédéral de la police, le nombre de faits relevant de la cybercriminalité pilotés depuis l’étranger était de plus de 130 000 en 2023, soit une augmentation de 28 pour cent par rapport à l’année précédente.
De la mousse de construction dans les pots d’échappement
Un incident survenu en décembre 2024 semble presque comique : dans plusieurs Länder allemands, des centaines de voitures ont été endommagées en obstruant leurs pots d'échappement avec de la mousse de construction. À côté, on trouvait des autocollants avec l’inscription « Sois plus vert ! » et une photo du ministre fédéral de l’Économie Robert Habeck. Le but : créer du ressentiment contre les Verts.
Réactions et contre-mesures
En tant que service central de la police allemande, l’Office fédéral de la police assume des tâches de coordination dans la lutte contre la cybercriminalité, met à disposition des informations et des outils et sert de point nodal pour la coopération internationale. Le Centre national de cyberdéfense (Cyber-AZ) sert en outre de plateforme inter-autorités et inter-institutions. En 2023, le pourcentage de cas de cybercrimes élucidés était de 32,2 pour cent. Ce n’est qu’en janvier 2025 que les autorités allemandes ont réussi, grâce à une coopération internationale, à fermer les deux plus grands forums de cybercriminalité du monde « nulled.to » et « cracked.io ». Les compétences de défense contre les cyberattaques doivent être renforcées et la protection d’infrastructures critiques doit être améliorée. Le gouvernement fédéral travaille en étroite coopération avec des partenaires internationaux pour échanger des informations et développer des stratégies communes pour lutter contre les menaces hybrides.
Concernant le danger de la désinformation, le gouvernement fédéral mise surtout sur l’information du public. Le ministère fédéral de l’Intérieur propose sur son site web des exemples concrets de désinformation et explique comment il est possible de reconnaître de telles informations falsifiées.