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« Nous sommes un pays très innovant »

L’Allemagne est-elle dans la course ? En interview, Berit Dannenberg, co-directrice de l’Agence fédérale pour les innovations disruptives SPRIND, donne sa vision des choses. 

Wolf ZinnInterview: Wolf Zinn , 26.03.2025
Berit Dannenberg
Berit Dannenberg © SPRIND

Madame Dannenberg, comment évaluez-vous l’Allemagne en tant que site d’innovation ? 
Nous sommes un pays très innovant. Nous disposons d’excellentes écoles supérieures et institutions de recherche extra-universitaire. Et nous avons tout un tas de têtes bien faites qui travaillent sur des solutions pour les défis de notre époque, mais aussi de demain. Nous disposons de scientifiques d’excellent niveau qui sont aussi des entrepreneurs à succès. Le parfait exemple, c’est Özlem Türeci et Ugur Sahin, qui, avec BioNTech, ont développé le vaccin contre le coronavirus. Toutefois, au total trop peu réussissent à transformer les découvertes et trouvailles en nouvelles entreprises et industries d’utilité publique. 

À quoi est-ce dû ? 
Aujourd’hui encore, il est souvent incroyablement difficile et chronophage pour les « Sciencepreneurs » dans les universités de transposer leurs connaissances dans une entreprise et de les utiliser de manière économique. Un nombre conséquent abandonne, énervé, au bout de deux, trois ans de négociation ou doivent conclure des contrats qui empêchent le développement de la start-up. Pour surmonter ces obstacles, nous avons travaillé avec 17 écoles supérieures et institutions de recherche sur des modèles d’évaluation et des contrats-types pour un transfert de connaissances simplifié et standardisé.  

L’une des causes serait-elle la faible perméabilité des sciences, de l’économie et de la politique ? 
C’est le cas. Il n’y a pas de voie toute tracée pour aller des sciences à l’économie. Et pour les personnes issues de l’économie, il existe très peu d’incitations à passer à la politique ou à la gestion publique, et inversement. Parmi les députés du Bundestag, on ne trouve qu’une poignée d’entrepreneurs et de chercheurs.  

SPRIND est là pour offrir aux créatrices et créateurs de demain une plateforme ? 
Tout à fait. Notre principale mission est de former à partir de nos innovations des industries qui assurent la prospérité future. Contrairement aux innovations « normales », les innovations disruptives se distinguent par le fait de ne pas être que des améliorations de l’existant. Lorsqu’une innovation disruptive naît, le monde est ensuite différent d’avant. Si nous réussissons à surmonter la structure en silos de nos systèmes, la nation économique qu’est l’Allemagne développera une force énorme. Chez SPRIND, nous sommes comme un laboratoire réal de cette transformation.  

Quel est le montant des fonds financiers avec lesquels SPRIND peut soutenir les innovatrices et innovateur ? 
En 2024, il s’agissait de plus de 220 millions d’euros. Cela fait de nous l’un des plus grands financeurs de la Deep-Tech en Europe. Nous avons étudié jusqu’à 2111 projets, en avons financé 163 et en avons fait bénéficier 21 de financements importants. Cela comprend les 40 équipes actuelles qui reçoivent leur financement via huit challenges SPRIND. Toutes les équipes travaillent sur les grandes questions de notre époque. 

Comment estimez-vous les chances de succès ? 
Nous avons conscience que certains des projets que nous finançons vont aussi échouer. Cela fait partie de notre approche basée sur le risque. Quelques innovations vont décoller, nous en avons la certitude. Notre portefeuille de projets comprend des entreprises qui travaillent sur de nouveaux traitements contre le cancer, Alzheimer et les infections virales. Supposons qu’un seul de ces projets décolle, et réfléchissons à l’importance des sujets comme le cancer ou Alzheimer, nous aurons alors une idée de la puissance que peut avoir l’impact d’une seule innovation disruptive. 

Qu’est-ce que SPRIND ?

L’Agence fédérale pour les innovations disruptives SPRIND a été créée en 2019, son siège se situe à Leipzig. La République fédérale d’Allemagne en est la seule sociétaire. Sa mission est de trouver de nouvelles technologies révolutionnaires pour les grands défis de notre époque et de garantir que la création de valeur des entreprises qui en résultent reste en Allemagne et en Europe. SPRIND est dirigée par Rafael Laguna de la Vera et Berit Dannenberg.